Le dév c’est comme l’archéologie

Barnaby. L’inspecteur.

Hier soir,

Le hasard du zapping m’a fait tomber sur la scène d’ouverture de cette passionnante série qu’est Inspecteur Barnaby (lucky me…)

Le décor est planté dans un site de fouilles archéologiques. Tout d’un coup, une technicienne bute dans un truc avec son outil (oui je manque de jargon archéologique, pardon). Là, c’est l’euphorie dans l’équipe, on a découvert « LE » truc qu’on cherchait depuis des lustres, à quinze à quatre pattes à gratter dans le sable. C’est « jour de paye les enfants » comme ils disent dans Titanic (Neeeeaaaar, faaaaaaar, whereeeeeeever… Hum).

Bref, je n’ai pas su ce qu’il se passait ensuite car décidément cette série est trop trépidante, j’avais vraiment peur que mon cœur lâche.

Cela m’a toutefois inspiré la réflexion suivante :

Le dév, des fois, c’est un peu comme l’archéologie ; on sait ce qu’on cherche, mais on ne sait pas forcément quand on va le trouver.

« Combien de temps pour faire ça ? »

Ce qui nous amène tout naturellement à cette question.
Vous savez, celle qui vous coupe la respiration, vous fait rougir, suer, vous met mal à l’aise, vous plante un coup de massue dans la tête qui pourtant ne vous enterre pas dans le sol comme vous le souhaiteriez, pour disparaître, ne pas être là, ne pas avoir à répondre. Vous auriez envie de rentrer en régression, vous mettre en boule aux pieds de votre interlocuteur, des sanglots qui vous jaillissent de la figure comme dans les dessins animés, vous accrocher à sa jambe en le regardant par en-bas, petite, minuscule que vous êtes à cet instant précis, et lui hurler, pitoyable : « JE SAIS PAAAAAAAAAAAAAS ouuuuuiiiiiiiiiinnnnn, pitié ne m’en voulez pas, pitiééééééé ouuuuuiiiiiiin… !!!! ».

Mais reprenous-nous. Bien sûr, il faut répondre. Parce qu’on est adultes. Parce qu’on est en affaires, où de l’argent est en jeu, que l’argent, c’est du temps, et que votre interlocuteur veut légitimement savoir combien de l’un pour combien de l’autre.

Le problème (la fouille)

Avec l’expérience, cette réaction extrême des débuts tend à s’estomper. On finit par assumer avec plus d’aplomb notre difficulté à estimer le temps de travail nécessaire, parce qu’on façonne petit à petit la compréhension de ce qu’ils nous révèlent dans Barnaby (cette série est pleine de deuxièmes lectures). On se détache de cette culpabilité selon laquelle on mettrait du temps parce qu’on ne serait pas assez bons. C’est faux (ou pas toujours vrai, en tous cas :) ).

Et pour répondre à la question précédemment posée, on se base sur notre intuition. Avant même de se plonger dans du code, on a toujours une espèce de vision du procédé pour parvenir au résultat. On a déjà une piste, un schéma mental, et une conviction précoce qu’on arrivera au bout (sinon, c’est un projet qu’il vaut mieux décliner). C’est fort(e) de cette confiance qu’on hasarde un nombre d’heures ou de jours.

On se met alors au travail, avec en tête l’objectif du temps annoncé et entériné avec notre interlocuteur. Un prix a été fixé en fonction de cette estimation. Le chronomètre compte donc, pour lui qui attend un résultat dans le délai estimé, et pour nous dont la rémunération se dévalue au rythme des heures écoulées.

Mais voilà, tels des archéologues, nous creusons, dans le périmètre délimité par notre intuition de départ. (La différence quand même avec les gratteurs de Barnaby, à l’exception de l’heureuse élue qui a dégoté le trésor, c’est qu’on y va avec un peu plus d’entrain qu’eux. Attention, c’est peut-être plus un problème de calibrage de jeu d’acteur qu’une réalité du métier :) ).
On a la gnaque de la trouver, la solution enfouie ! On cherche, on teste, on gratte, on questionne, on creuse, on fouille, on trie, on jette, on garde ; de déconvenues en petites victoires, de découragement en excitation, de « oh non… » en « yesss ! », avec ténacité, patience et passion, on parvient à bout du problème.

Et pouvait-on vraiment prévoir combien de temps on allait passer à chercher, tester, gratter, questionner, creuser… ? Eh ben non…

Dans le meilleur des cas, on est à peu près dans les clous. Mais souvent… ça dérape.

Les méthodes de gestion de projet (la solution ?)

Vous qui me lisez peut-être, chef de projet, chef de produit, ou développeur(se) freelance bien organisé(e), je vous ai déjà entendu(e) la prononcer, l’expression : « gestion de projet ».

Pour optimiser des fouilles archéologiques, j’imagine qu’on met en place toutes sortes de méthodes : on joue certainement sur les délimitations de terrain, sur le parcellement et l’affectation intelligente des parcelles aux membres de l’équipe, peut-être sur des phases successives d’exploration à des profondeurs différentes, etc…

Des techniques similaires existent aussi dans le domaine du développement. Souvent empruntées au monde de la production industrielle, elles sont sensées permettre d’évaluer au plus juste le travail en amont, et de le maintenir sur des rails pendant la réalisation.

Les mixer entre elles, les ajuster aux spécificités de chaque projet peuvent nous aider à nous rapprocher de cette adéquation idéale pour tout le monde, entre le chrono et le prix.

Certes, en tant que freelance, on ne peut pas accorder la même énergie et le même temps à la gestion de projet qu’une équipe complète en entreprise, pourvue de toutes les ressources humaines nécessaires. C’est aussi évidemment pour cela qu’on ne facture pas les mêmes montants que celles-ci, tenues à des coûts de production supérieurs.

Toutefois, se tenir à jour de ces méthodes, les tester, s’en inspirer et les insinuer autant que possible dans notre façon de travailler, est un autre des aspects essentiels pour rester viable à son compte. Et on ne doit pas se sentir mal de leur faire tenir une place dans nos devis. Mener à bien un projet en faisant notre maximum pour le gérer convenablement est au contraire tout à notre honneur… :)

Et vous, quelle est votre expérience par rapport à ces questions ? Si vous êtes archéologue (ou fan de Barnaby), exprimez-vous aussi ! :)